Comment calculer les charges pour un locataire ? Guide

| Idées principales | Détails |
|---|---|
| 📋 Charges récupérables limitées | Seules les charges listées par décret peuvent être facturées au locataire. |
| 💧 Trois familles de charges | Services d’usage, entretien courant et taxes comme la TEOM sont récupérables. |
| 🔧 Gros travaux à charge du propriétaire | Ravalement, toiture, isolation et assurances restent à la charge exclusive du propriétaire. |
| 🧮 Tantièmes comme base de calcul | Appliquer le pourcentage de tantièmes au total charges communes récupérables annuelles. |
| 📅 Régularisation annuelle obligatoire | Comparer provisions versées et dépenses réelles, avec justificatifs à présenter. |
| ⚠️ Délai de prescription | Trois ans maximum pour réclamer un impayé ou un trop-perçu de charges. |
Franchement, les charges locatives, c’est souvent le sujet qui crée le plus de tensions entre propriétaires et locataires. Ça part dans tous les sens, personne ne sait exactement ce que l’autre peut réclamer, et au final tout le monde est un peu perdu.
Après plus de 10 ans sur le terrain et une quinzaine d’appartements à gérer avec Mathieu, j’ai appris à démêler tout ça. Je vous explique comment calculer les charges pour un locataire sans prise de tête.
🏠 Ce que le propriétaire peut vraiment facturer au locataire

Première chose à savoir — toutes les charges ne sont pas récupérables sur le locataire. Le décret n°87-713 du 26 août 1987 établit une liste limitative et exhaustive de ce qui peut être imputé. La loi du 6 juillet 1989 encadre ensuite les modalités de gestion de ces charges. Autrement dit, le propriétaire ne peut pas improviser — même si certains essaient 😄.
Les charges récupérables se regroupent en trois grandes familles :
- 🔵 Services liés à l’usage du logement — eau froide, eau chaude, chauffage collectif, électricité des parties communes, ascenseur
- 🟢 Entretien et petites réparations courantes : nettoyage des parties communes, entretien des espaces verts, remplacement d’ampoules, entretien de la chaudière collective, réparations locatives à la charge du locataire dans les parties privatives
- 🟡 Taxes et redevances : la TEOM (Taxe d’enlèvement des ordures ménagères), la redevance d’assainissement, la taxe de balayage
En revanche, le propriétaire garde à sa charge exclusive les gros travaux — ravalement de façade, remplacement de toiture, isolation thermique, mise aux normes électriques, honoraires du syndic de copropriété, frais de gestion locative, assurance de l’immeuble et taxe foncière. Le contrôle technique de l’ascenseur, réalisé tous les 5 ans, n’est pas récupérable non plus. Et la taxe foncière ? Strictement réservée au propriétaire, sauf la TEOM qui, elle, figure sur ce document et peut être refacturée au locataire.
Cas particulier souvent mal compris — le gardien ou le concierge. Si l’employé d’immeuble effectue le nettoyage des parties communes et la sortie des poubelles, 75% de son salaire et de ses charges sociales sont récupérables. S’il n’effectue qu’une seule de ces tâches, ce taux tombe à 40%.
🔢 Comment calculer les charges locatives étape par étape ?
Passons aux choses sérieuses. Le calcul des charges locatives récupérables s’appuie sur le décompte annuel de charges de copropriété, transmis après l’assemblée générale. C’est le document de référence — sans lui, impossible de faire un calcul propre.
La plupart des syndics présentent une colonne « charges récupérables » directement lisible. Si ce n’est pas le cas, retenez qu’en moyenne, les charges récupérables représentent entre 70 et 80% des charges totales de copropriété. On ajoute ensuite la TEOM et les autres charges imputables.
Le principe des tantièmes est central : chaque lot représente une fraction des parties communes. Un appartement avec 50 tantièmes sur un total de 1 000 supporte 5% des charges communes. Voici un exemple concret :
| Étape | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| 🔵 Charges communes annuelles totales | Données du décompte syndic | 12 000 € |
| 🟡 Soustraction de la TEOM | 12 000 € − 1 200 € | 10 800 € |
| 🟢 Application des tantièmes (50/1 000) | 10 800 € × 5% | 540 € |
| 🟡 Ajout de la TEOM | 540 € + 1 200 € | 1 740 € |
| 📅 Provision mensuelle | 1 740 € ÷ 12 | 145 €/mois |
Autre exemple : si les charges récupérables annuelles totalisent 1 625,87 €, la provision mensuelle est de 135,49 € — ce chiffre s’inscrit dans le bail, et le loyer charges comprises comprend cette provision.
Pour un logement meublé avec forfait de charges, la méthode diffère : on calcule la moyenne des charges sur les deux dernières années, on ajoute une marge de 5 à 10% pour anticiper les imprévus, puis on divise par 12. Avec 900 € en N-1 et 1 000 € en N-2, la moyenne est de 950 €. En ajoutant 7% de marge, le forfait mensuel ressort à 85 € par mois.
⚖️ Régularisation, justificatifs et droits du locataire

Pour les locations nues, le régime au réel est obligatoire — le propriétaire verse des provisions mensuelles au cours de l’année, puis procède à une régularisation annuelle. Si les provisions dépassent les dépenses réelles, il rembourse le trop-perçu. Dans le cas contraire, il réclame un complément. Simple en théorie, parfois sportif en pratique.
Un mois avant la régularisation, le propriétaire doit communiquer au locataire le décompte des charges par nature (eau froide, eau chaude, électricité, ascenseur…), le mode de répartition entre logements, et si besoin une note sur le calcul du chauffage collectif. Depuis le 1er septembre 2015, les justificatifs des charges réelles doivent obligatoirement être présentés. Le propriétaire doit ensuite tenir ces documents à disposition pendant 6 mois suivant l’envoi du décompte.
Si la régularisation arrive trop tard, le locataire peut exiger un paiement échelonné sur 12 mois par courrier recommandé avec accusé de réception. Le délai de prescription pour réclamer un impayé de charges — dans les deux sens — est de 3 ans. Au-delà, c’est prescrit. Le Juge des contentieux de la protection peut même refuser un rappel tardif jugé déloyal.
En cas de désaccord persistant, le locataire peut saisir la Commission départementale de conciliation (CDC) ou faire appel à un conciliateur de justice. Et si le propriétaire ne répond pas aux demandes de régularisation, sachez qu’il est possible d’agir — y compris, dans certaines situations, en bloquant légalement ses loyers.
📋 Pièges à éviter et conseils pratiques pour bien estimer les charges
Les erreurs les plus fréquentes ? Inclure des dépenses non récupérables dans la provision (gros travaux, honoraires de gestion), fixer une provision manifestement disproportionnée, ou oublier purement et simplement la régularisation annuelle. Ce dernier oubli est particulièrement problématique : une régularisation massive après plusieurs années crée un vrai choc financier pour le locataire.
Mathieu, lui, serait capable d’optimiser les charges jusqu’à la décimale près — il adore ce genre de précision autant que démonter une chaudière un samedi matin. Moi, je préfère une approche plus simple : fixer une provision réaliste dès le départ évite bien des complications.
Quelques règles d’or à retenir :
- Basez-vous toujours sur le dernier décompte de copropriété approuvé en assemblée générale.
- Vérifiez que la TEOM figure bien séparément — elle est récupérable, contrairement à la taxe foncière.
- Pour un forfait, ne sous-estimez pas les charges : une révision à la baisse en cours de bail est impossible.
- Conservez tous vos justificatifs. Et gardez aussi vos quittances de loyers le temps requis — en cas de litige, c’est votre meilleure protection.
Dernier point souvent négligé : si votre logement est géré via un statut LMNP, les charges locatives peuvent être déduites des recettes au régime BIC réel — sauf la TEOM. La partie déductible correspond à la taxe foncière diminuée de cette taxe. Un détail fiscal qui peut représenter plusieurs centaines d’euros par an selon votre bien.
