Peut-on expulser un locataire de plus de 80 ans ?

| Idées principales | Détails pratiques |
|---|---|
| 🛡️ Protection renforcée des locataires seniors | Les locataires de plus de 65 ans avec ressources limitées bénéficient d’une protection contre l’expulsion renforcée par la loi Alur de 2014. |
| 📊 Conditions cumulatives strictes | Avoir plus de 65 ans ET disposer de ressources annuelles inférieures aux plafonds fixés selon la zone géographique. |
| ⚖️ Exceptions à la protection absolue | L’expulsion reste possible en cas de loyers impayés, troubles graves du voisinage, dégradation volontaire ou absence d’assurance habitation. |
| 🏠 Obligation de relogement du propriétaire | En cas de congé pour vente ou reprise, proposer un logement décent, performant énergétiquement et situé à moins de 5 kilomètres. |
| 📋 Procédure judiciaire stricte avec délais | Respecter les 6 mois de préavis minimum, la trêve hivernale et les délais de 2 à 3 ans accordés par le juge. |
| 💡 Solutions amiables avant tribunal | Explorer les APL, le Fonds de solidarité, la médiation, les plans d’apurement échelonnés avec le propriétaire. |
Voici quelque chose que beaucoup de propriétaires ignorent : un locataire de plus de 80 ans bénéficie d’une protection juridique très solide contre l’expulsion. Ce n’est pas une légende urbaine, c’est bel et bien inscrit dans la loi française.
J’ai eu à accompagner plusieurs investisseurs dans des situations délicates avec des locataires âgés, et croyez-moi, mieux vaut connaître les règles avant de sortir le courrier recommandé. Mon mari Mathieu a parfois plus d’enthousiasme que de prudence sur ces sujets… mais là, je lui ai clairement dit : on ne touche à rien sans avoir tout vérifié.
🛡️ Ce que dit la loi sur l’expulsion d’un locataire senior
La loi du 6 juillet 1989 pose le cadre de base. Elle a été renforcée par la loi Alur de 2014, qui a d’ailleurs abaissé l’âge de protection de 70 à 65 ans — un détail qui change tout pour les propriétaires. La loi Macron de 2015 a élargi encore cette protection aux personnes à charge âgées de plus de 65 ans hébergées par le locataire.
Concrètement, pour bénéficier de cette protection renforcée, le locataire doit remplir deux conditions cumulatives :
- Avoir plus de 65 ans (ou 80 ans pour la protection maximale)
- Disposer de ressources annuelles inférieures aux plafonds fixés pour les logements sociaux
Ces plafonds varient selon la zone géographique. Pour 2025, voici ce que ça donne :
| Zone | Personne seule | Couple | Par personne supplémentaire |
|---|---|---|---|
| 🏙️ Paris et communes limitrophes | 51 560 € | 72 184 € | +10 312 € |
| 🌆 Île-de-France hors Paris | 41 248 € | 57 747 € | +8 250 € |
| 🏡 Autres régions | 23 201 € | 43 310 € | +6 187 € |
L’âge du locataire et le montant de ses ressources sont appréciés à des moments précis : l’âge est évalué à la date d’échéance du contrat, tandis que les ressources sont appréciées à la date de notification du congé. Ce détail technique a son importance en cas de litige devant le juge des contentieux de la protection.
Cette protection s’applique exclusivement aux logements vides utilisés comme résidence principale. Pas question d’y inclure une résidence secondaire ou des locaux commerciaux — ce serait trop simple ! 😄
📋 Les conditions pour qu’une expulsion reste possible malgré l’âge
La protection du locataire âgé n’est pas absolue. Elle ne joue plus dès lors que le locataire ne respecte pas ses obligations. Autrement dit, si votre locataire de 82 ans ne paie plus son loyer depuis six mois, l’âge ne lui servira pas de bouclier magique.
Voici les situations dans lesquelles l’expulsion reste envisageable, quel que soit l’âge :
- 😤 Loyers impayés de façon chronique malgré les mises en demeure
- 🚨 Troubles graves du voisinage persistants
- 🏚️ Dégradation volontaire du logement
- 📄 Absence d’assurance habitation
- 🏠 Reprise du logement par le bailleur pour y habiter ou le vendre
Il existe aussi une exception qui protège les petits propriétaires âgés : si le bailleur lui-même a plus de 65 ans ou perçoit des revenus inférieurs aux plafonds fixés, il peut donner congé sans être tenu de proposer une alternative de relogement. Une subtilité qui m’a bien rendu service dans un dossier que j’ai suivi l’année dernière.
Par ailleurs, si le propriétaire souhaite donner congé pour vente ou reprise (sans faute du locataire), il doit obligatoirement proposer un logement de remplacement. Ce logement doit être décent, avec une performance énergétique inférieure à 450 kWh/m²/an selon le Décret du 30 janvier 2002, adapté à l’état de santé du locataire, compatible avec ses ressources, et situé dans la même commune ou à moins de 5 kilomètres du domicile actuel. Une basique liste d’annonces ne suffit pas — l’offre doit être réelle et effective. Sur ce point, j’ai vu des congés annulés par le tribunal d’instance faute d’une proposition sérieuse.
Un locataire plus jeune qui héberge fiscalement à sa charge une personne de plus de 65 ans bénéficie d’une protection identique. En cas de séparation, la question de qui garde le logement en location peut d’ailleurs complexifier encore davantage ces situations.
⚖️ La procédure d’expulsion et ses délais à ne pas négliger

Mathieu aime bien aller droit au but, mais dans ce champ, il faut respecter chaque étape à la lettre — sous peine de voir toute la procédure s’effondrer comme un château de cartes. 🃏
La première étape est la notification du congé, au moins 6 mois avant la fin du bail, par lettre recommandée ou acte de commissaire de justice. Pour les impayés, l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 impose d’abord un commandement de payer, qui ne prend effet que six semaines après sa délivrance. Le locataire âgé dispose ensuite d’un délai minimum de deux mois pour régulariser.
Si rien ne bouge, le bailleur saisit le juge des contentieux de la protection. En cas de décision favorable, un commandement de quitter les lieux est délivré. Le locataire dispose alors de deux mois pour partir. S’il reste, le commissaire de justice procède à l’expulsion forcée. Mais attention : le juge peut accorder jusqu’à 3 ans de délai supplémentaire selon l’article L.412-3 du Code des procédures civiles d’exécution, en tenant compte de l’âge, de l’état de santé et de la situation financière du locataire.
La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, suspend toute exécution d’expulsion. Un jugement peut être obtenu pendant cette période, mais aucune expulsion forcée ne peut avoir lieu. Selon le rapport de la Cour des Comptes de 2022, environ un tiers des demandes d’intervention de la force publique sont refusées — ce qui donne une idée des délais réels que peuvent vivre les propriétaires.
💡 Des alternatives à analyser avant d’aller au tribunal
Avant d’en arriver à la procédure judiciaire, plusieurs pistes méritent vraiment d’être visitées. Je le dis toujours à mes clients : un accord amiable, même imparfait, vaut souvent mieux que deux ans de procédure.
Du côté du locataire en difficulté financière, les APL, le Fonds de solidarité pour le logement et les aides des CCAS peuvent alléger significativement la charge locative. Un plan d’apurement échelonné, négocié directement avec le propriétaire, permet occasionnellement de régulariser les impayés sans que personne ne perde la face — ni le toit.
Pour les propriétaires, la médiation via un travailleur social ou un médiateur professionnel peut débloquer des situations figées depuis des mois. La renégociation du loyer reste aussi une option si la situation financière du locataire a évolué. Et si vous vous interrogez sur la configuration de votre bien, notamment pour adapter un logement à un senior, sachez qu’un T2 peut répondre à des besoins très différents selon sa disposition — ce n’est pas anodin quand on parle d’adaptation du logement.

Signaler les commandements de payer à la Commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives est une obligation légale pour les bailleurs personnes physiques ou les SCI familiales (jusqu’au 4e degré de parenté). Ce n’est pas qu’une formalité : cela déclenche parfois une aide sociale qui résout le problème bien plus vite qu’un juge. Et là, même Mathieu serait d’accord pour dire que c’est la solution la moins stressante. 😄
